La rencontre d'un
décortiqueur de mots et d'une éplucheuse de papier... (Chrisitan Furling - La Voix du Nord). Les collages sont
l'oeuvre
de Geneviève Simon, artiste plasticienne Le ton : Humour homérique. Situation : Une fable dans laquelle Homère aidé du peintre Geneviève Simon fabrique des masques de papier pour regarder ce qu'il y a en dessous des apparences. Claude DAUBERCIES décrit ce qu'on voit. |
Le masque d'Homère |
L'histoire :
Zeus et Athéna débarquent dans le petit pavillon où Homère jouit de sa retraite. Ils lui disent que les humains n'ont pas compris ce que voulaient dire l'Iliade et l'Odyssée. Ils ont écouté l'histoire, ils n'ont pas cherché à comprendre le sens de la parabole. Homère se remet au travail et fabrique 6 masques pour voir au delà des apparences.
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Un masque pour voir à l'intérieur de la nuit |
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Un masque pour regarder sous l'écorce des arbres |
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Un masque pour voir dans le ventre de la mer |
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Un masque pour regarder sous les draps |
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Un masque pour lire les mots sur les lèvres |
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Un masque pour voir à travers les miroirs |
Extrait
Le masque pour voir à
l’intérieur de la nuit
Je ne veux rien que la nuit en robe de dentelle qui vend des yeux et des crécelles.
André Frédérique (Entre chien et loup)
« Il estoit nuict fermée » écrivait Ronsard, familier de la nuit comme tous les poètes. On ne peut rentrer dans la nuit qu’en en forçant les portes et les fenêtres. En cambrioleur. Comme la mer sur le sable, la nuit couvre les songes par vagues et par plis successifs. Pour se glisser en dessous il convient de se munir d’un masque comme celui-ci, fait de lames fines. Ainsi équipé on soulèvera aisément les différents voiles dans lesquels la nuit enveloppe les esprits. Tout de suite, ce que l’on voit ce sont des milliers d’yeux luisant sous l’obscurité. Les yeux des mages et des chats songeurs et ceux, d’ambre jaune ou rougeâtre, des poètes qui ont chanté les villes en flammes et les amours perdus. Souvent on se réveille ruisselant de cauchemars. Si on pénètre plus avant dans la nuit on se perd bientôt dans le labyrinthe hasardeux menant à une clairière fleurie de pavots. On se trouve alors, exactement, au cœur de la nuit. C’est un vaste estuaire où se mêlent les eaux de la nuit et celles du jour, les eaux du songe et celles de la réalité, les poissons froids de l’angoisse et les folles sirènes du désir, les arbitraires distinctions du corps et de l’esprit, du bien, du mal…Les incrédules se retournent dans leur lit et finiront par plonger dans un sommeil épais. Les autres, ceux qui portent ce masque et dorment les yeux grand ouverts, contempleront sereinement le chatoyant spectacle d’un monde irisé où les contraires se mélangent en jolis arcs-en ciel. Les créateurs puisent là le meilleur de leur art. Les dieux y sont embusqués. Ils y font des signes que l’artiste s’emploie à décoder.
Parfois, quand la nuit se prolonge ou lorsqu’elle stagne dans des lieux de solitude, les rats qui sont les dents de la nuit prennent d’assaut les malades, les mal-aimés et les prisonniers. En général les dents du masque découragent leur férocité. Et quand l’aurore, fille de la brume, effleure leurs paupières de ses doigts de rose, les poètes, les musiciens, les peintres s’éveillent , la tête pleine de mots- fusées, de musiques bouleversantes et de couleurs invisibles à l’œil nu.
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Informations Editeur
"Masques et Mots" de Claude Daubercies, collages de Geneviève Simon. ISBN: 2-915235-39-2. 62 pages. 25 Euros franco de port. Editeur :
Jean-Claude Bernard, imprimeur-typographe-artiste et poète. Editions
ENCRE ET LUMIERE |
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